Un projet de centre

de stockage

de déchets à Moltifau

L’association Zeru Frazu s’étonne et s’interroge sur la méthode pratiquée par les décideurs

Ce sont les médias locaux qui ont dévoilé ce projet.

La volonté de « travailler sans communiquer »

Pour entraîner suspicion et méfiance ?

Alors que le dossier « déchets » est une préoccupation majeure de la société civile, il devrait être traité en concertation avec elle.

Ce n’est pas uniquement le problème de l’État (DREAL), de l’exécutif de la Corse, de l’Office de l’Environnement de la Corse et du Syvadec mais notre problème à tous.

Sur le fond

  • Pourquoi nos décideurs sont-ils en quête permanente de sites d’enfouissement ?
  • Pourquoi depuis 10 ans, un véritable tri à la source, n’a-t-il pas été organisé pour valoriser tout ce qui peut l’être par recyclage et compostage ?

Le constat

  1. La Corse ne recycle au mieux que 20 % de ses déchets ménagers et assimilées (DMA), en incluant les encombrants et autres apports en déchèteries.
  2. En général et surtout en milieu urbain l’organisation du tri est très insuffisante et l’apport volontaire ne marche pas.
  3. Seules des personnes motivées trient une partie des déchets valorisables.
  4. Les biodéchets humides et lourds (plus du tiers du poids de la poubelle) ne sont pas collectés ni traités séparément : pourtant ce sont eux qui, mélangés au reste des déchets, les souillent et génèrent les nuisances et pollutions des décharges.

Les tonnages transportés à l’enfouissement ne baissent pas ou très peu.

Le protocole de 2015, établi lors de la première crise à la fermeture de Tallone, entre l’État, le Syvadec et toutes les communautés de communes et d’agglomérations n’a pas été respecté par la majeure partie des signataires.

Extrait du protocole : « Engagement formel de l’ensemble des collectivités assurant la compétence collecte, à mettre en œuvre immédiatement des mesures de détournement et de tri des déchets fermentescibles, et des mesures fortes et durables permettant de réduire de moitié les tonnages à enfouir d’ici 2020 ».

La gestion actuelle des sites d’enfouissement, même améliorée, pose toujours les mêmes problèmes : fermentation, dégagement de gaz à effet de serre, odeurs, présence de déchets dangereux, risques de pollution à plus ou moins long terme.

Malgré la gravité de la situation et l’urgence,

le Syvadec chargé du traitement des déchets n’a pas mis en place sur le territoire de véritable filière de proximité de valorisation organique par compostage des déchets fermentescibles des professionnels et des ménages (biodéchets).

Les projets pour la Corse

  • Création de deux usines de tri mixtes : pour trier des déchets secs de collectes sélectives, mais aussi pour trier a posteriori les ordures ménagères brutes en mélange.
Ce procédé, que l’on n’ose plus appeler TMB, Tri Mécano Biologique, en raison des très mauvais retours d’expérience et des faibles taux de valorisation de matières à recycler, a été jugé non conforme à la LTECV, Loi de transition énergétique du 17 août 2015.
  • Recherche de sites d’enfouissement pour ce qui va sortir des usines : du compost pollué inutilisable, des déchets solides souillés non recyclables, dont quelques métaux sont extraits.

Les seules solutions qui font leurs preuves

Le tri à la source, avec collecte séparée au plus près des citoyens de toutes les catégories de déchets, surtout les biodéchets, accompagné d’une tarification incitative, donne rapidement de très bons taux de valorisation et entraîne la diminution de l’enfouissement.

Des collectivités corses se sont engagées dans cette voie et obtiennent immédiatement des résultats significatifs, par exemple Calvi Balagne, Fium’Orbu Castellu. C’est donc possible, même chez nous !

Rappelons d’ailleurs la loi LTECV qui exige la réduction des déchets, le recyclage de 65% de ceux-ci d’ici 2025, la généralisation de la collecte séparée des biodéchets, la tarification incitative, la réduction de la mise en décharge.

La position de Zeru Frazu

La fuite en avant vers la recherche de mauvaises solutions, une fois que tous les déchets ont été mélangés, ne donne rien de bon.

L’utilisation d’« usines magiques » de TMB coûteuses et fragiles valorise a minima.

Ces installations ont besoin de tonnages pour des questions de rentabilité, mettent en péril le tri à la source et exposent au risque de perpétuation de l’enfouissement et du retour à l’incinération à travers la production de CSR (combustibles solides de récupération).

La Corse a des marges de progrès colossales pour réduire ses déchets à enfouir.

Ce n’est que lorsque sera enfin engagée concrètement sur le terrain la « hiérarchie des modes de traitement », qui commence par :

  • la prévention,
  • la réduction de la quantité et de la nocivité des déchets,
  • le recyclage,
  • la valorisation des déchets organiques par retour au sol

, alors seulement q’une réflexion pour de nouveaux sites d’enfouissement sera audible.

 

La réorganisation des collectes avec mise à disposition du matériel de tri pour les usagers coûte beaucoup moins cher et prend infiniment moins de temps que la construction d’usines complexes de tri sur ordures brutes.

Des centres de tri sur déchets « propres et secs » uniquement, des installations de compostage, des petites déchèteries de proximité sont plus que jamais indispensables pour valoriser les matières contenues dans nos déchets.

Et les millions d’euros économisés peuvent servir à la création d’emplois (ambassadeurs du tri, techniciens, maîtres composteurs, brigade verte, etc.), emplois locaux indispensables à une bonne politique de gestion des déchets.

Zeru Frazu appelle par conséquent…

les acteurs de tous les échelons territoriaux à mettre en œuvre d’urgence la gestion préconisée par la démarche « Zéro Déchet » qui permet aux citoyens de tenir leur rôle en faisant le tri, avant de songer à des installations ruineuses, polluantes et court-termistes.