Contrairement à ce qui a été présenté le 24 avril 2019 à la Chambre de Commerce et d’Industrie de la Corse du Sud par la société 3WAYSTE, cette technologie est une fausse solution pour les déchets en Corse.

Cf. articles de presse
Corse Net Infos : La nouvelle technologie de valorisation des déchets 3Wayste présentée à Ajaccio
Corse Matin 26.04.2019 : Traitement des déchets, la CCI planche sur un scénario

 

Voici une analyse étayée et documentée :

Une usine vendue comme innovante, alors qu’il s’agit d’une usine classique de Tri Mécano Biologique, dite TMB.

L’usine Altriom installée à Polignac en Haute Loire est une installation de tri industriel « a posteriori », c’est à dire un surtri mécanique des ordures ménagères jetées en mélange (poubelle «grise») qui annonce une « valorisation » de 92 % des déchets traités.

Cette technologie de TMB, vantée et « survendue » par Altriom et 3WAYSTE est présentée comme innovante, mais révèle de piètres performances : compost de mauvaise qualité, recyclables souillés, donc non recyclés.

Pas de modèle sérieux ni de chiffres publiés récemment,  une seule usine en France

La première usine Altriom a été mise en service en 2014 pour le traitement des déchets d’un groupement de 28 communes de Haute Loire, dont l’agglomération du Puy en Velay. Aucune autre collectivité de France continentale ne l’a adoptée.

La solution du TMB a été reconnue non pertinente par la Loi de Transition Énergétique et pour la Croissance Verte (LTECV 2015) qui prévoit une généralisation du tri à la source des biodéchets. L'ADEME (Agence de l'Environnement et de la Maitrise de l'Energie) appelle les collectivités à la prudence à l'égard de cette technologie et n'apporte plus son soutien financier. 

Pourquoi la Corse se laisserait-elle séduire par ce genre de structures qui ont fait la preuve ailleurs de leurs incohérences ?

Quelles sont donc les performances de l’usine phare de la société 3WAYSTE ?

D’excellentes analyses ont été réalisées par l’ONG Zero Waste France (après des difficultés pour obtenir les données d’exploitation). Par ailleurs le média spécialisé Déchets infos, qui s’est vu opposer un refus de visiter les installations, a publié une enquête dans son N° 107 : Altriom, un TMB survendu aux performances qui interrogent.

Étude des chiffres 2016 disponibles sur l’usine de Haute-Loire

En 2016 l’usine Altriom à enregistré 29 768 tonnes de déchets en entrées.

En sorties (cliquer sur l’image pour l’agrandir) :

  • du compost (21%) de deux types :  le compost normé (15 %), qui ne serait « dans les clous » de la norme que grâce à l’ajout important de déchets verts, non inclus dans la collecte des sacs noirs d’OMR (Ordures Ménagères Résiduelles) entrantes ;  le compost non utilisable enfoui (6%), qui est un déchet.
  • des recyclables (11 %). Le média Déchets infos souligne qu’il n’a malheureusement pas été possible d’en contrôler la qualité. Ce taux de recyclage serait atteint en incluant des déchets d’activité économique (ex. commerces qui apportent leurs déchets triés, ce qui vient à part des ordures ménagères brutes et améliore les statistiques).
  • des combustibles (39 %). Afin de redorer le blason de l’incinération, ses promoteurs recourent à cette technique de traitement thermique, proclamée «valorisation énergétique».

Attention au terme de «valorisation », qui peut cacher différents types de solutions : pour les 39% d’entrants concernés ici, c’est de l’incinération, qui reste la solution la plus coûteuse et la plus polluante de traitement des déchets.

L’évaporation (perte d’eau) et la freinte (perte de carbone et d’azote sous forme gazeuse dans le compostage) concerne 22% des matières en entrée. On peut s’interroger sur l’énergie gaspillée pour (mal) séparer mécaniquement les différents flux (en qualité et en quantité) et sécher ensuite les combustibles.

Des déchets de cuisine et de jardin séparés en amont puis compostés perdent naturellement de l'humidité et du poids sans autant de technologie. D'où l'intérêt financier et environnemental du tri à la source de l'organique afin de limiter les nuisances et produire un amendement de qualité pour un retour au sol.

Altriom s’inscrit dans la filière des CSR (Combustibles Solides de Récupération) :  préparation d’une fraction combustible par séparation mécanique, séchage et broyage (papiers, bois, textiles et surtout plastiques) destinée à être brûlée dans des cimenteries, qui souvent n’en veulent pas en raison de leur mauvaise qualité (ils ne doivent pas contenir de PVC), voire dans des mini-incinérateurs appelés chaudières à CSR (Cf. article Le Canard Enchaîné 01.04.2017 : La chaudière verte carbure aux plastiques).

Argumentation fallacieuse :  ce n’est pas 92% de valorisation, c’est 39% d’incinération, 26% de valorisation matière recyclée et compostée, 35% de pertes et déchets.

La combustion, qu'elle soit de CSR ou d'OMR, génère toujours une dangereuse pollution mal contrôlée (particules, dioxines, furanes, métaux lourds, en particulier issues des plastiques : dioxines bromées) et des gaz à effet de serre. Elle entraîne la destruction de matières premières pour une production d’énergie infime lorsqu’on tient compte du cycle de vie des produits (énergie grise), définitivement réduits en cendres toxiques. Elle ne permet pas une économie circulaire.

La fraction de CSR à incinérer devrait, pour la Corse, être transportée sur le continent ou donner lieu à construction de chaudières polluantes : est-ce l’objectif caché ?

L’assemblée de Corse a voté à l’unanimité par délibération N°10/202 l’abandon de tout traitement thermique. L’incinérateur, comme la thermolyse ou la pyro gazéification, sont donc exclus, en vertu du Plan de Gestion des déchets de la Corse applicable depuis 2015.

Les TMB et CSR sont un gouffre financier. L’équilibre économique d’une telle filière pose question

La foi aveugle dans certaines solutions technologiques peut avoir de lourdes conséquences à long terme, en particulier sur les finances publiques et sur celles des usagers.

Les pannes et incendies fréquentes obligent les collectivités à réparer et investir pour continuer à utiliser ces installations complexes et fragiles. Altriom, détruite en 2017 puis reconstruite, figure dans la longue liste des usines ravagées par le feu. A Angers, le TMB Biopole qui incluait aussi de la méthanisation, a été un fiasco industriel et financier : arrêté après 4 ans de dysfonctionnements, il sera reconverti en centre de tri des recyclables secs.

Le marché conclu pour 15 ans entre l’exploitant d’Altriom et les collectivités du groupement,  prévoit des pénalités importantes appliquées si les tonnages entrants prévus ne sont pas atteints (Source Déchets Infos n°107).

En effet, une fois ces usines construites, avec généralement un dépassement des coûts initiaux annoncés, il faut les alimenter pour les rentabiliser et toute réduction des tonnages est impossible pour plusieurs dizaines d’année. Cela empêche le développement d’un tri à la source de qualité, avec le risque de le faire régresser là où il est performant, impliquant de plus une baisse des éco-taxes versées aux collectivités qui envoient au recyclage des matériaux propres et bien triés .

Au final, ce sont les citoyens qui paient pour ces mauvaises solutions.

Lire : La fausse bonne idée du Tri Mécano Biologique

Le seul modèle sérieux, c’est-à-dire avec études et bilans chiffrés de centaines de communes à travers le monde, le seul modèle efficace à court-terme et respectueux des finances publiques, c’est la stratégie Zero Waste, Zéro Déchet.

Il est aisé de comprendre que le meilleur tri se fait à la source, au lieu de tout mélanger dans un sac noir.

C’est par la séparation des biodéchets dans les foyers, les entreprises, les commerces, et une collecte contrôlée, au porte à porte ou en points de regroupement de tous les flux, assortie d’une tarification incitative, que l’on obtient un tri des déchets ménagers performant à bref délai, avec des taux de 60 %, puis jusqu’à 80 et plus de 90 %.

Une telle organisation basée sur la stratégie  Zero Waste et  Rifiuti Zero,  permet de séparer des quantités beaucoup plus importantes de matériaux non souillés, prêts à être utilisés dans les filières de recyclage ou de compostage. Elle génère des recettes pour les collectivités (vente des matériaux / soutien des éco-organismes). Cette méthode, axée sur la collecte séparée au plus près et des systèmes industriels de tri sur « propres et secs » d’une part, de compostage d’autre part, crée des emplois locaux. Ce type de collecte ne coûte pas plus cher car les tournées sont alternées. Elle fait ses preuves dans de nombreuses communes en France, en Italie et Sardaigne (voir carte : 290 en Italie) et dans certaines collectivités en Corse. L’urgence est à sa généralisation à toute l’île. 

Que disent le Code l’Environnement et les textes réglementaires européens ?

L’article  L 541-1 Code de l’environnement prescrit en premier lieu la réduction des quantités de déchets produites. L’Union européenne a publié dans la directive déchets le 14 juin 2018 les textes réglementaires sur le  paquet économie circulaire  : prévention, réduction, réemploi, augmentation du recyclage, tri à la source des déchets organiques obligatoire d’ici décembre 2023 pour tous les producteurs (y compris les ménages), etc. Un nouvel objectif clair de réemploi et recyclage est fixé  : 55% des déchets municipaux en 2025, 60% en 2030 et 65% en 2035, le tout calculé en poids – article 11.

Les usines de TMB en général et la technologie 3Wayste en particulier ne rentrent donc pas dans ces nouvelles prescriptions réglementaires.

Ne nous laissons pas aveugler par une communication efficace, à défaut de performances

 

Pour aller plus loin, quelques articles de presse : 

Lobbying /pub :

Altriom : L’acteur Christophe Lambert défend le concept de tri des déchets - La Montagne, 9 avril 2016

France Bleu Haute Loire : "La loi dit qu'il est non-souhaitable de trier les déchets ménagers" (Fabien Charreyre, fondateur d'Altriom)- 7.02.2019

Performances :

Altriom, un TMB survendu aux performances qui interrogent -  Déchets Infos, 18 janvier 2017-

Pas conforme à la loi : exportation dans les pays du Sud

Altriom signe un contrat de 150 millions d'euros sur 30 ans en Inde - L'Eveil, 14 mars 2018

Déchets : Ça y est, la technologie vellave commence à s'exporter - Zoomdici, 14 mars 2018

Pourquoi Altriom ne parvient pas à développer sa technologie dans l'hexagone ? - Zoomdici 18 mars 2019